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  • Le comble du vide

    images.jpegÀ quoi sert l’art contemporain ?
    — À rien ! vous répondront, d’une même voix, ses détracteurs et ses thuriféraires.
    Pour les premiers, l’art ne sert à rien parce qu’il est inutile, il coûte cher, il ne remplit aucune fonction sociale. C’est à peine s’il procure un semblant de plaisir — et encore est-ce un plaisir rare et honteux. Pour les seconds, l’art ne sert à rien non plus : il est indépendant du monde comme des modes, des marchés financiers, des soucis politiques. Coupé de tout, il évolue désormais en vase clos, se nourrit de ses multiples reflets, jouit de son inanité sonore ou visuelle comme si elle était un gage suprême d’affranchissement.
    Il y a vingt ans (voir ici l’article de Jean-Louis Kuffer), Jeff Koons exposait à Lausanne des sérigraphies sur lesquelles on voyait l’artiste éjaculer sur le derrière de sa femme (la fameuse Cicciolina). Cette bagatelle se négociait autour des 50'000 dollars. Ce qui fait cher, vous en conviendrez, la goutte de liqueur séminale…
    Aujourd’hui, l’art atteint des sommets dans sa quête du néant. Grâce à Sylvie Fleury et Miguel Barcelo, il touche même au comble du vide. Tout le monde sait (car les meilleures gazettes l’ont rapporté) que la première expose au Mamco de Genève ses shopping bags, ses Dog Toys géants et, sur de splendides présentoirs, des chaussures de marque qu’elle n’a portées qu’une seule fois. « Avec de faux Mondrian en fourrure synthétique, avec des slogans tirés de publicités, sortes de pensées ready-made – BE GOOD, BE BAD, JUST BE ou YES TO ALL qui parodient la série Art as idea as idea de Joseph Kosuth  – , Sylvie Fleury crée des ponts entre l’histoire des formes modernistes et le système de la mode » nous explique, fort heureusement, un critique.
    5716a71.jpgSur l’autre rive du lac, dans le prestigieux Palais des Nations, on a inauguré mardi, en présence de 750 invités (dont le roi Juan Carlos d’Espagne) et en grande pompe, une œuvre qui décore le plafond de la toute nouvelle salle des Droits de l’Homme. Due au talent du célèbre artiste Miguel Barcelo, cette fresque en trois dimensions représente, sous la forme de stalactites de couleur peintes au karcher, le monde dans sa diversité multiculturelle. Pour être d’une rare laideur, l’œuvre n’en a pas moins coûté près de 20 millions d’euros. Son financement ressemble au règlement de la crise des subprimes. Des entreprises privées ont fourni 60% de l’argent. Le reste est sorti du budget du ministère espagnol des affaires étrangères, dont une partie est débitée du compte destiné à l’aide au développement des pays pauvres…
    Comme on le voit, le vide n’a pas de prix. Qu’il s’agisse d’escarpins Dior ou de sacs Chanel, de giclures colorées imitant l’intérieur d’une fausse grotte, il se vend bien et a pignon sur rue. Ce qui n’est pas très rassurant…
    Peut-être faut-il souhaiter, comme dans le cas des subprimes, une manière de tsunami artistique, comparable à la révolution impressionniste ou aux débuts de l’abstraction, qui ferait table rase de tous les imposteurs et permettrait à l’art (ce qu’il en reste) de rejaillir sous d’autres formes, ailleurs, et sur d’autres bases ?

  • Une rentrée foisonnante

    images-1.jpegLa rentrée littéraire romande a ceci de particulier qu'elle ressemble à une vendange tardive: c'est au mois de novembre que les éditeurs sortent leurs nouveaux livres. Et cette année, nous sommes servis. Alors qu'un refrain lancinant prédit, depuis longtemps, la mort de la littérature romande, on assiste à un feu d'artifice…
    Nous avons déjà parlé, ici même, de la rentrée de l'Âge d'Homme, du genre abondant (Jean Romain, Langendorf, Perruchoud, Petit-Senn, et bientôt encore Ariane Laroux, Barbara Polla…). Il faut mentionner également la très riche rentrée des éditions de l'Aire avec le dernier roman de notre ami blogueur Alain Bagnoud (en photo ici même), intitulé Le Jour du dragon, qui fait suite à la Leçon de choses en un jour (voir ici). Mais aussi un étrange récit de Jean-Yves Dubath, Gainsbourg et le Suisse, Dubath qui a fréquenté dans ses jeunes années le fameux "poinçonneur des lilas. On découvrira avec plaisir la première fiction de Pierre Smolik: Le Bar à parfums. Toujours aussi imaginative, Marie-Jeanne Urech propose, toujours à l'Aire, un recueil de nouvelles débridantes: L'Amiral des eaux usées. Que des bonnes nouvelles…
    Bernard Campiche, quant à lui, après le beau roman de Janine Massard, L'héritage allemand, paru cet été, propose Trois hommes dans la nuit, un roman né de la plume fine et capricante de Gilbert Salem, Récits sur assiette, un recueil de textes inédits consacrés à la cuisine, réunis et présentés par Corinne Desarzens, et Portrait de l'auteur en femme ordinaire, la réédition d'un texte d'Anne Cunéo paru en 1982 chez Bertil Galland.
    Un dernier mot, enfin, sur un livre qui devrait faire son chemin : La poupée de laine de Frédérique Baud-Bachten, un récit magnifique qui creuse et interroge un deuil impossible : la perte d'un enfant, paru aux éditions Samizdat.

  • Zéro pointé !

    images.jpegDeux mois après s'être fait remettre à l'ordre comme des écoliers pour avoir voulu interdire la fumée des établissements publics genevois, le Conseil d'Etat remet ça: un plumitif des hautes sphères du DIP ayant, dans la brochure officielle des votations du 30 novembre, fait preuve de désinformation, de mauvaise foi et de propagande malhonnête, le Tribunal administratif a infligé un nouveau camouflet à nos sept Sages (qui sont pourtant d'éminents juristes).
    Sans entrer dans la polémique qui fait rage sur les blogs, relevons simplement que, dans ce cas comme dans l'autre, le Conseil d'État donne un bien mauvais exemple aux citoyens. Il se base sur son incompétence pour édicter des lois balayées par le premier recours venu. Il croit pouvoir truquer les chiffres, falsifier les arguments de ses adversaires, brouiller les clés de compréhension d'une votation extrêmement sensible et complexe. Si un tel cas de fraude se produisait au Cycle, par exemple, ou au Collège, l'élève incriminé serait aussitôt remis à l'ordre par un zéro pointé…
    Heureusement, nous sommes en démocratie. Les gouvernants ne sont pas au-dessus des lois. Les citoyens s'en souviendront, j'espère, lorsqu'enfin ils pourront donner leur avis sur la réforme du Cycle d'intégration… euh, je veux dire d'Orientation!