Alors que l'ex-humoriste Dieudonné refait des siennes, en attribuant à l'infâme Robert Faurisson, médiocre universitaire et fielleux négationniste, un Prix de l'insolence, devant un parterre bien garni de people de gauche comme de droite, l'État d'Israël en profite pour pillonner, une fois encore, la trop célèbre bande de Gaza. En toute impunité, comme toujours. Avec les bienveillance des États-Unis, le grand frère protecteur qui a tant besoin de l'argent du lobby juif, et dans l'indifférence quasi générale du monde entier. Il faut dire que le moment est particulièrement bien choisi: un peu partout, dans le monde, on fête Noël, la naissance du Messie, l'espoir d'une humanité enfin sortie de la sauvagerie primitive, l'amour du prochain, la fraternité, le don gratuit — toutes ces choses désuètes. Les gens (et que dire des journalistes?) ont l'esprit ailleurs. Il faut préparer la dinde. Les cadeaux ne sont pas tous emballés. Vite, encore un achat…Alors, tandis que tout le monde regarde ailleurs, Israël se venge (200 morts le premier jour des « frappes » de Tsahal), en profite pour « terminer le boulot » comme disait Dieudonné, il y a quelques années, à son compère Élie, à propos des chambres à gaz. On bombarde des camions supposés transporter des explosifs, on rase des maisons, on assassine des femmes et des enfants. Rien de nouveau, hélas, sous le soleil du Proche-Orient : Israël ne fait que « répondre » aux roquettes balancées à l'aveuglette sur son territoire depuis la bande de Gaza. Légitime défense. Rien à dire, donc. Et c'est vrai que personne ne dit rien. Où ce massacre va-t-il s'arrêter? Qui punira Israël? Quand il ne restera plus un bâtiment debout à Gaza? Quand l'une des armées les plus efficaces du monde en aura fini avec le dernier Palestinien vivant? Quand la terre de Gaza sera à ce point imprégnée de sang que plus rien n'y poussera dans les siècles des siècles?
Un Livre (qui a eu un certain retentissement en Occident) nous apprend que même Goliath, si sûr de sa puissance, a trouvé un jour plus fort que lui. Le grand tort d'Israël est de se croire au-dessus des lois, et donc invulnérable. Or, l'histoire nous apprend qu'un David, tôt ou tard, viendra rétablir la justice, punissant l'arrogance du géant aveugle et assoiffé de sang.
On dirait qu'une sombre malédiction pèse sur Genève, cette ville qui se rêvait internationale, il n'y a pas si longtemps, et qui se réveille aujourd'hui avec la gueule de bois, en gros bourg de province. Disons-le franchement : en vingt ans, Genève a raté à peu près tous les rendez-vous avec l'Histoire. Ne parlons pas du projet de traversée de la rade, qui a été refusé, mais qui se fera un jour, bien sûr, et coûtera aux citoyens cent fois plus cher que le projet initial. Ne parlons pas non plus du nouveau musée d'ethnographie, ni des fameux « communaux » d'Ambilly. En matière de logement et d'urbanisme, Genève a pris un demi-siècle de retard. Et quand, dans quelques jours, Lausanne inaugurera son magnifique M2, la capitale vaudoise entrera de plain pied dans le XXIe siècle — tandis que Genève peine à sortir du XIXe…
Quand André Gide, au cœur des années folles, s’aventure à parler, dans Si le grain ne meurt, de son goût prononcé pour les garçons (de préférence mineurs), c’est bien sûr à mots couverts qu’il le fait. La censure officielle sommeille. Mais le regard des lecteurs anonymes le suit depuis longtemps. On peut parler de ces choses-là, en 1927, mais discrètement, en y mettant les formes. La liberté d’expression existe, mais elle a des limites : celles de la bienséance et du bon goût.