Nouvelles ? Poèmes ? Récit autobiographique ? Les Ravisseuses*, le dernier livre de Patrice Duret (né en 1965 à Genève), frappe d’abord par son étrangeté. C’est une suite de 24 textes (allusion aux heures d’une journée d’amour ?), tantôt narratifs, tantôt poétiques, tantôt écrits sous la forme d’une lettre ou d’une carte postale. Groupés le plus souvent par trois (narration, lettre, carte postale), ils décrivent les diverses étapes d’un itinéraire amoureux qui ressemble fort à une initiation, au sens nervalien du terme (c’est-à-dire ésotérique et mystique). Balisés de symboles (la bulle, la tour, le bain, la route) qui dessinent une nouvelle Carte du tendre, ces textes évoquent, à chaque station, une figure féminine (Sylvaine, Pasqualita, Isis, Aline…), dont le narrateur réactive et ressuscite, si j’ose dire, la rencontre. C’est une manière, à la fois, de regarder en arrière vers les visages disparus ou effacés par le temps, et de rendre hommage à sa Béatrice : la femme qui guide ses pas, et vers laquelle convergent toutes les évocations. Il y a beaucoup de fraîcheur et de poésie dans ce voyage à travers les sentiments amoureux.Cela n’étonnera personne si l’on sait que Patrice Duret, qui a reçu le Prix-Rod, en 2006, pour Le Chevreuil, est aussi, et avant tout, un poète (il dirige d’ailleurs les éditions du Miel de l’Ours, à Genève). On reconnaît, dans Les Ravisseuses, sa musique et sa poésie à fleur d’émotion. Perdu « au milieu du chemin de la vie », le poète tombe sous le charme des femmes qu’il rencontre, à la fois ravissantes et ravisseuses, c’est-à-dire voleuses d’âme. C’est peu dire qu’il n’en sortira pas indemne. Chacune, en même temps qu’elle lui vole une partie de lui-même, le révèle et aide le poète-pèlerin à se réapproprier (« J’aimerais que l’écriture serve à cela, à se réapproprier l’intime de notre rencontre »). C’est pourquoi ce court récit-poème à la force d’un exorcisme et d’un aveu. Exorcisme, d’abord, parce qu’il brûle les images du passé, tout en les célébrant une dernière fois. Aveu, ensuite, parce que tout le livre, entre les lignes, est une déclaration d’amour à l’ultime ravisseuse, innommée, qui relègue dans l’ombre, mais pas dans l'oubli, toutes les autres.
*Patrice Duret, Les Ravisseuses, Zoé, 2008.
Vous connaissez l'histoire de ce gars qui a eu la malchance de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment? Nous sommes en 2004. On s'apprête à mettre un club en faillite, le FC Servette pour ne pas le nommer, quand, surgissant de nulle part, comme Winkelried poussé dans le dos par les siens, un homme s'avance et décide, par défi ou inconscience, de reprendre le club. Ce héros, vous le connaissez, il s'appelle Marc Roger. Il a le tort, aux yeux des notables genevois, d'être Français. Donc étranger. Et chacun sait qu'en tout bon Genevois sommeille un UDC…
Le risque, quand on publie un livre, c'est que quelqu'un le lise! Mais ce risque devient une chance quand les lecteurs, entre douze et quinze ans, qui occupent toute l'aula d'une école, sont assis, là, devant vous, les yeux brillants, et se réjouissent de vous poser les questions qu'ils ont soigneusement préparées. Alors, très vite, le dialogue s'installe, et le livre partagé devient le lieu d'une rencontre…