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  • Deux grands crus littéraires

    Le Valais est une terre de vignerons et d’écrivains. Il n’y a pas si longtemps, Maurice Chappaz, grand bourlingueur devant l’Éternel, poète lumineux, fut le gardien des vignes de son oncle Troillet, à Fully. Si l’encre est le sang des livres, le vin, souvent, est le sang des poètes.

    Chaque année, à l’époque des vendanges, des livres sortent des presses romandes, parmi lesquels il y a de grands crus. C’est le cas de deux écrivains valaisans, Germain Clavien et Alain Bagnoud. Tous deux sont fils et frères de vignerons. Et leurs livres poursuivent, à leur manière, le cycle de la vigne. C’est-à-dire des saisons.

    images.jpegOn ne présente plus Germain Clavien (né à Sion en 1933). Tour à tour enseignant, journaliste et romancier, il est d’abord poète. C’est en poète qu’il rédige, depuis près de 40 ans, sa Lettre à l’imaginaire. Une chronique de la vie au long cours. En Valais et ailleurs. Le dernier volume paru s’intitule Au gré des jours, du ciel et de la plume*. Il retrace avec émotion et sagesse, mais aussi indignation, les événements de l’année 2005. C’est une chronique des jours de notre vie. C’est-à-dire à la fois ordinaires et absolument uniques — puisque personne, ici-bas, ne peut vivre ces jours à notre place. C’est donc le livre d’un homme et d’une terre. Comme le vin. Clavien nous parle au cœur, d’une plume claire et précise, en dénonçant les ravages des arnaqueurs, les petits arrangements entre amis du monde littéraire romand, la guerre aux tympans lancée par les F/A-18 qui empoisonnent le ciel valaisan. Il y a de la colère dans les chroniques de cet écrivain-philosophe. De la douceur et de l’amour. Et le cru 2005, publié cette année, est un grand millésime.

    L’œuvre d’Alain Bagnoud (né en 1959) est sans conteste l’une des plus intéressantes de Suisse romande. DownloadedFile.jpegVoilà un Valaisan de pure souche, né au milieu des vignes, à Chermignon, qui, par les hasards de l’existence, est venu s’installer à Genève, où il a poursuivi des études universitaires. Il raconte l’histoire de ce déracinement, à la fois douloureux et nécessaire, dans une trilogie autobiographique parue aux éditions de l’Aire. Aujourd’hui, il nous donne une sorte de « journal extime ». Un recueil de textes parus d’abord sur le blog qu’il anime depuis plusieurs années, et qui est une mine d’informations et de réflexions sur la littérature (http://bagnoud.blogg.org). Cela s’appelle Transports**. C’est une série d’instantanés, poétiques et fugaces, dans lesquels Bagnoud essaie de ressaisir une atmosphère, d’éclairer le mystère d’une rencontre. Il écrit dans le mouvement, parfois la hâte. Les bus, les trains, les trams. Ce qu’on appelle les transports publics. Mais son œil est celui d’un poète et d’un entomologiste. Il étudie les hommes (les femmes surtout !) avec amour et étonnement. Il ne se lasse pas de les regarder. De les décrire. De les interroger. Sous la loupe de son style élégant et précis. Son petit recueil de proses poétiques est l’un des plus beaux livres de cette année.


     

    * Germain Clavien, Au gré des jours, du ciel et de la plume, L’Age d’Homme, 2011.

    ** Alain Bagnoud, Transports, L’Aire, 2011.

     

  • Germain Clavien : une vie en poésie

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    C’est un livre grave et léger, plein de sagesse et d’expérience, d’émerveillements et de questions, que le dernier ouvrage de Germain Clavien, poète, chroniqueur et auteur de cette longue Lettre à l’imaginaire, dont le vingtième volume, En 2003, Rouvre, a paru en 2008.

    Notre vie* se présente comme une sorte de journal de bord poétique qui s’étend sur une année, d’avril 2009 à avril 2010. Il suit le rythme du soleil et des saisons. Il est plein de bruit et de fureur, de colères, de révoltes, de bonheurs indicibles. Son titre, déjà, est un programme : il s’agit de surprendre la vie qui vient et qui s’en va, avec son cortège de douleurs et de découvertes, de hasards heureux, et d'insondables mélancolies. Une vie entière en poésie : De ce qui me tient à cœur/ Et oriente ma vie/J’ai retenu le meilleur/ Et l’ai mis en poésie. On suit le poète sur le chemin de la nature, accompagné de ses animaux tutélaires, le lézard, l’écureuil, le rossignol, en proie aux questions  lancinantes : pour qui, pourquoi vivons-nous ? Quel est le sens de notre bref passage sur terre ? C’est dans la nature que le poète retrouve la source de sa parole. « Un poème au matin/ Éclaire une journée » écrivait le philosophe Gaston Bachelard. Clavien s’inspire de cet adage pour creuser la nature et les mots. Chercher l’image juste, le rythme qui colle à l’image, la musique qui donne élan et beauté à la phrase. On retrouve chez lui l’obsession de Livre de Mallarmé : le poète a pour mission de dire la nature et les hommes dans un Livre qui les cernerait au plus près, les contiendrait entièrement. Et ce désir du Livre est d’autant plus profond, chez Clavien, que la mort fait planer son ombre menaçante. « La mort on l’apprivoise/ Mais comment dire adieu/ À de telles merveilles/ Sans que le cœur se serre… »

    Il y a urgence, une fois encore, à dire le monde comme il va, ou ne va pas.

    images-1.jpegCette vie en poésie, Clavien nous le rappelle à chaque instant, c’est notre vie. Comme le monde plein de violence et d’injustices qui nous entoure est notre monde. Non pas un monde tombé du ciel ou venu de nulle part. Mais le monde que les hommes ont façonné à leur image. Un monde souvent déchiré par les guerres ou pollué par les bruits de moteurs (Clavien dédie même un poème aux tristes F/A 18  de l’armée suisse !). Oui, cette terre est celle des hommes. Nous n’en avons pas d’autre. Comme les mots du poète qui la chante sont les nôtres, assurément. Des mots simples et forts, directs et justes. Des mots remplis de sève et d’émotion qui traquent la vie dans ce qu’elle a de plus intense et de plus mystérieux.

    Notre vie est un magnifique chant d’amour, mais aussi un chant d’adieu, qui restera dans nos mémoires.

    * Germain Clavien, Notre vie, poèmes, Poche Suisse, L’Âge d’Homme, 2010.