Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Sur le mot « nègre »

images.jpeg

Alors qu'à Montreux, les huiles politiques célèbrent la francophonie, il faut revenir à la parole des vrais poètes. Dans le bruit et la fureur du monde global, elle seule compte vraiment aujourd'hui.

« Vibre … vibre essence même de l’ombre, en aile en gosier, c’est à force de périr, le mot nègre, sorti tout armé du hurlement d’une fleur vénéneuse, le mot nègre, tout pouacre de parasites… le mot nègre, tout plein de brigands qui rôdent, de mères qui crient, d’enfants qui pleurent, le mot nègre, un grésillement de chairs qui brûlent, âcre et de corne, le mot nègre, comme le soleil qui saigne de la griffe, sur le trottoir des nuages, le mot nègre, comme le dernier rire vêlé de l’innocence, entre les crocs du tigre, et comme le mot soleil est un claquement de balle, et comme le mot nuit, un taffetas qu’on déchire… le mot nègre, dru savez-vous, du tonnerre d’un été que s’arrogent des libertés incrédules ».

Aimé Césaire, « Mots », extrait du recueil Cadastres.

Les commentaires sont fermés.