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Marcher, écrire (Daniel de Roulet)

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C’est un petit livre intrigant et savoureux que Daniel de Roulet nous donne avec L’Envol du marcheur.* Il s’agit d’un de journal de bord tenu pendant près de trois semaines au cours d’un périple qui l’a conduit à pied de Paris à Bâle. Pourquoi ce défi ? Parce qu’un autre Suisse, en mai 1966, avait inauguré ce parcours. Il s’appelait Kübler. Sa fille avait été la femme de Boris Vian et lui-même venait de perdre sa femme. De son voyage, il avait fait un livre, illustré de ses croquis, que de Roulet reçut un jour de sa mère.

La marche est propice à l’écriture. Les mots épousent les pas. Parcourant les chemins de la France profonde, de Roulet fait aussi retour sur lui-même, à sa manière, légère et désinvolte, nous parle de sa femme, « néphologue » (spécialiste des nuages), de son fils (qui fêtera en solitaire ses 20 ans à Katmandou), de sa passion pour la course à pied. Quant au paysage extérieur, il ressemble à un mauvais rêve : banlieues tristes, raffineries puantes, usines désaffectées, cafés presque déserts : la France a pris un sacré coup de vieux depuis que Monsieur Kübler l’a traversée. La grisaille menace chaque village arc-bouté sur son monument aux morts : « trottoirs déserts, stores métalliques baissés. Sol jonché d’emballages de hamburgers. Quelques cartes de visites dans le caniveau, celles que des hommes louche distribuent la nuit aux touristes pour les attirer vers leurs cabines : Videoshop, Erotic menu, Porno Macdo. » Plaisant, L’envol du marcheur l’est de bout en bout, même s’il manque de vraies surprises ou de découvertes. L’écriture courante pratiquée par l’auteur manque parfois de profondeur. Mais de Roulet n’est pas Bouvier : s’il ne nous enseigne pas l’usage du monde, L’envol du marcheur dresse le constat, souvent désolant, d’un pays en lente désagrégation, que ce soit au niveau du tissu social (petites épiceries et bistrots ont disparu) ou du paysage urbain ou rural (chemins défoncés par les trax, voies ferroviaires désaffectées). À noter que le photographe Xavier Voirol a refait, minutieusement, quelques mois plus tard, le parcours de l’écrivain de Roulet, photographiant champs, routes, usines et tables d’hôtes. Ces images erratiques forment un beau contrepoint au récit du marcheur.

* Daniel de Roulet, L'Envol du Marcheur, Labor et Fides, 2004.

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