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  • Le théâtre de Viala

     

    Pour les théâtreux de ma génération, le nom de Michel Viala évoque un univers à la fois singulier et foisonnant. Sans doute le plus grand auteur suisse (romand) des années 70-80. On se souvient de ses pièces cultes, comme Séance (1974), Le Parc (1977) ou encore ce texte au titre magnifique : Par Dieu qu’on me laisse rentrer chez moi (1979). Chacune des créations de Viala constituait, ces années-là, des événements à ne pas manquer. On se souvient aussi de L’Invitation, le chef-d’œuvre de Goretta, qui mettait en scène François Simon, Jean-Luc Bideau, Corinne Coderey et tant d’autres : le scénario et les dialogues étaient signés Viala. On mentionnera enfin les récits de Viala, dont le poignant Jumeau, récit de la vie dramatique du frère de l’auteur, paru en 1996 et qui sera repris, cette année, dans la collection Poche Suisse.
    C’est l’éditeur Bernard Campiche qui a eu l’idée excellente de rassembler tout le théâtre de Viala en deux gros volumes, le premier reprenant les monologues et les pièces à deux personnages ; et le second, les pièces à grande distribution. D’un coup, l’univers âpre et violent de Viala nous revient comme l’essence même du théâtre de ces années de grande liberté créatrice — à des lieues du théâtre politiquement correct d’aujourd’hui. Il faut relire Vacances, par exemple, que Philippe Luscher vient de mettre en scène avec succès à Genève et à Lausanne, ou Est-ce que les fous jouent-ils ? Ils témoignent d’un regard aiguisé sur le monde moderne et d’un souci constant de la vérité du théâtre. Ils témoignent aussi d’un écorchement et d’une blessure que seule la parole, parfois, parvient à soulager. Ils mettent en scène, enfin, des personnages simples et modestes dont l’amour est sans cesse entravé par les vicissitudes de la comédie sociale.
    Michel Viala, Théâtre incomplet, tome 1 et 2, éditions Bernard Campiche, 2007.